Statistiques historiques Au cours du XXe siècle, le mouvement syndical a connu un développement qui s'insère dans l'histoire neuchâteloise et dans celle du mouvement ouvrier.
Dès le XIXe siècle, les Montagnes neuchâteloises s'affirment comme une pépinière pour le mouvement ouvrier. La profonde crise économique qui affecte la région dès 1876 contribue à démanteler les associations de travailleurs. Il faut attendre la fin du siècle pour que des syndicats ouvriers importants se reconstituent, notamment dans l'horlogerie.
Au cours des années 1910, les effectifs syndicaux augmentent considérablement. La période marquée par la grève générale est celle d'une vague d'adhésions qui va ensuite refluer au cours de la crise des années 1920.
Dès l'entre-deux-guerres, les statistiques de l'Union syndicale suisse montrent que Neuchâtel se place en tête des cantons suisses selon le taux de syndicalisation. La proportion des membres des syndicats par rapport aux effectifs professionnels y est particulièrement élevée.
Les effectifs syndicaux dans l’horlogerie, la métallurgie et l’industrie des machines
Années |
FOMH (en 1900 et 1910, estima-tions) |
Industrie horlogère et bijouterie |
Industrie des machines |
Industrie métallurgique |
1900 |
env. 2.000 |
18.059 |
814 |
1.119 |
1910 |
env. 5.000 |
16.443 |
1.929 |
1.054 |
1920 |
13.891 |
19.529 |
3.685 |
1.110 |
1930 |
10.415 |
16.335 |
3.126 |
1.329 |
1941 |
7.821 |
12.137 |
5.473 |
1.499 |
1950 |
10.661 |
15.763 |
5.610 |
1.745 |
1960 |
12.379 |
19.254 |
7.692 |
2.674 |
1970 |
11.376 |
20.603 |
9.624 |
3.550 |
1980 |
9.506 |
14.265 |
6.868 |
3.515 |
1991 |
[en 1989] 7.632 |
8.449 |
2.316 |
2.890 |
La grève des maçons et manoeuvres en 1904 à La Chaux-de-Fonds
Les travailleurs du bâtiment jouent un rôle de pionniers dans les luttes ouvrières. La plupart d’entre eux viennent d’Italie et travaillent dans des conditions très pénibles. En 1904, le salaire moyen atteint à peine 41 centimes à l’heure, tandis que le prix du kilo de pain est de 32 centimes.
Le syndicat des maçons et manoeuvres avait obtenu la signature de conventions collectives en 1896 et 1897. En juillet 1904, il demande une augmentation des salaires : 35 centimes au minimum pour les porte-mortier et 65 centimes pour la catégorie la mieux payée. Les revendications portent aussi sur les conditions de travail et les droits syndicaux. Les entrepreneurs refusent de céder.
Dès le 18 juillet, plus de 500 grévistes bloquent les chantiers. L’Union ouvrière apporte son soutien actif au mouvement.
A la demande des entrepreneurs, le Conseil d’Etat décide de mobiliser la troupe. Dès le 2 août, La Chaux-de-Fonds est occupée par un millier de militaires. Finalement, le 10 août, les grévistes sont cernés par la troupe et les animateurs du mouvement sont expulsés de Suisse. Des incidents opposent la troupe à la population.
Ce conflit aboutira à une amélioration des salaires et des conditions de travail. Il restera dans les mémoires et contribuera à développer l’antimilitarisme dans les milieux ouvriers.
Les suites de la grève générale
En novembre 1918, le mouvement ouvrier a montré sa force et son impact. Les années suivantes sont caractérisées par une polarisation sociale et politique. Les conditions économiques sont marquées par une crise extrêmement grave : environ 80% de la population active est au chômage partiel ou total en 1921. Les baisses de salaires se multiplient.
Redoutant un essor de luttes ouvrières, les bourgeois sont actifs : le Conseiller fédéral Haeberlin veut imposer une « loi sur la protection de l’ordre public » qui est rejetée en votation populaire en septembre 1922. Les patrons s’organisent pour contrôler leur personnel. C’est notamment le cas de l’entreprise Dubied qui développe des institutions sociales comme le réfectoire afin que les relations entre la direction et le personnel soient organisées sans que le syndicat puisse intervenir.
Les bourgeois utilisent la peur du chômage pour s’opposer aux réformes : en décembre 1922, le prélèvement sur les fortunes est refusé en votation populaire.
Les débats sur la crise horlogère animent la région. Le Cartel syndical cantonal propose un « Plan de Restauration horlogère » en 1923. Cet ensemble de mesures sera rejeté par les patrons, mais inspirera les négociations qui aboutissent en 1937 à la « paix du travail ».
Un film réalisé en 1930 : « La vie d’un ouvrier dans les Montagnes neuchâteloises »
En 1930, les organisations ouvrières du canton de Neuchâtel ont innové en réalisant un film de propagande en faveur de la « trilogie ouvrière », c’est-à-dire de la collaboration entre le parti socialiste, les syndicats et les coopératives afin d’améliorer les conditions de vie et de travail.
Les scènes de fiction représentent la vie d’un ouvrier né en 1860. Elles sont interprétées par des membres de la « Théâtrale ouvrière » de la Maison du Peuple de La Chaux-de-Fonds. On y évoque notamment les figures de Pierre Coullery (1819-1903) et de Charles Naine (1874-1926).
En 1931, pour les premières projections publiques, cette création est présentée ainsi : « Cela permet au film d’évoquer une époque douloureuse du prolétariat neuchâtelois et de montrer au prix de quels efforts tenaces et de sacrifices les ouvriers des Montagnes ont mis sur pied des organisations puissantes, intelligemment conduites vers le but final : la transformation du régime en une société plus humaine où le chômage, la guerre, le paupérisme, l’injustice sociale n’existeront plus. Après cette période héroïque, […] l’action cinématographique nous conduit dans la phase contemporaine du mouvement ouvrier [en 1930]. Toute l’activité ouvrière, musicale, sportive, syndicale, politique, un film d’une variété infinie avec des merveilleux paysages jurassiens ! […] Pure création neuchâteloise, belle affirmation du sens constructeur de nos populations. Un film politique qui est une affirmation, sans plus, et qui ne dit pas un mot des adversaires. »
Dans sa version originale, le film muet dure deux heures. En 1985, les bobines ont pu être sauvées in extremis de la destruction. Il s’agit d’un témoignage rarissime sur la culture ouvrière pendant l’entre-deux-guerres. Le cinéaste Jean-Blaise Junod l’a restauré et a réalisé une version synthétique qui a été sonorisée par un pianiste, puis transférée sur un support vidéo en 1995.
Le chômage dans les années 1920
La fin de la guerre entraîne l'effondrement des débouchés qui avaient permis un essor économique dans la région horlogère. La fabrication des munitions diminue et provoque la fermeture de nombreuses entreprises. Le chômage atteint des proportions sans précédent: en février et mars 1922, le Conseil d'Etat recense 13'190 personnes au chômage, dont 7'600 sans le moindre travail. Les fermetures d'usines se multiplient et les baisses de salaires atteignent 20 à 25 %. Cette crise se traduit par une baisse de la population qui ne sera compensée que dans les années 1950.
Seule une partie des sans-travail peut recevoir des secours de caisses de chômage qui sont organisées par les entreprises ou les associations. C'est ainsi que les milieux philanthropiques organisent en 1921 des journées en faveur des chômeurs.
Le 19 mars 1922, le Cartel syndical cantonal réunit plus de 8'000 personnes, venues à Neuchâtel avec 8 trains spéciaux, pour manifester contre la réduction des secours aux chômeurs. En fait, l'aide aux chômeurs est improvisée par les autorités politiques qui ouvrent quelques chantiers et cherchent à limiter le montant des secours.
Il faut attendre 1924 pour qu'une loi fédérale prévoit des contributions aux secours de chômage. Une loi cantonale de 1926 rend obligatoire l'affiliation à une caisse de chômage. Les salariés peuvent cotiser soit à la Caisse publique, soit aux caisses syndicales, soit aux caisses gérées par les patrons.
La crise des années 1930
Comme de 1920 à 1923, le Canton de Neuchâtel est particulièrement frappé par la crise.
Dès la fin de 1929, la chute des exportations horlogères entraîne un chômage qui atteindra des proportions dramatiques: à la fin de janvier 1933, sur les 24'791 personnes assurées, 14'258 sont au chômage, soit 6'634 complètement, 7'418 partiellement et 206 occupés aux travaux organisés par les autorités. Ces chiffres maxima représentent le 57,5% des personnes assurées et le 11,7% de la population du canton qui continue à diminuer.
Afin d'aider les familles dans le besoin, on organise la "Semaine du kilo": des volontaires récoltent les dons en nature. Les syndicats sont dans une situation très difficile: les caisses de chômage doivent secourir de nombreuses personnes; il faut donc augmenter les cotisations des membres et obtenir des financements publics.
Dans ce contexte, il faut lutter contre la crise économique, mais aussi contre les menaces politiques: sur les banderoles des manifestations, on peut lire "A bas le fascisme" et "Baisser les salaires, c'est aggraver la crise."
La baisse des revenus ouvriers détériore les conditions de vie. Les autorités parviennent à attirer des "industries nouvelles" qui créent environ 300 emplois, mais les salaires y sont fort bas. En 1939, dans l'horlogerie, les hommes reçoivent entre 1.57 et 1.96 franc, alors que les femmes touchent entre 1.18 et 1.50 franc ; tandis que le salaire horaire dans les "industries nouvelles" est de 1.11 à 1.47 franc pour le personnel masculin et de 0.57 à 0.85 pour le personnel féminin.
L’ ”initiative de crise ” en 1935
Afin de lutter contre la crise, l’Union Syndicale Suisse s’associe avec d’autres organisations pour lancer une initiative fédérale. Il s’agit d’un vaste programme économique et financier qui remporte d’abord un large soutien.
Au cours de la campagne qui précède la votation du 2 juin 1935, les adversaires de l’initiative multiplient les activités : ils utilisent non seulement les peurs face au chômage et à l’inflation, mais aussi les mythes de la “ Suisse primitive ” illustrés par le peintre Charles L’Eplattenier.
Malgré les réponses énergiques du mouvement ouvrier, 59,4% des électeurs neuchâtelois rejettent l’initiative qui est acceptée dans les villes des Montagnes. Refusée sur le plan suisse, l’ ”initiative de crise ” a passionné ses partisans comme ses adversaires organisés par les milieux d’affaires.
La "paix du travail" dans l'horlogerie dès 1937
A la fin de 1936, les exportations horlogères reprennent grâce à la reprise de l’économie mondiale et à la dévaluation du franc suisse décidée en septembre 1936.
La FOMH réunit un congrès horloger à La Chaux-de-Fonds qui adopte une série de revendications afin de compenser les pertes subies pendant la crise. Les patrons refusent de céder. Au printemps 1937, une grève paralyse l’industrie du cadran à Bienne et à La Chaux-de-Fonds. Environ 800 ouvrières et ouvriers empêchent ainsi la production complète des montres.
A la demande de la Chambre suisse de l’horlogerie, le Département fédéral de l’économie publique convoque les organisations patronales et ouvrières le 14 mai 1937. Fins connaisseurs de l’horlogerie, le Chef du Département, H. Obrecht, et son secrétaire général E. Péquignot proposent que soit appliquée jusqu'à la fin de l’année 1937 “ un régime de paix sociale absolue ”. Cette innovation est acceptée dans l’accord signé le 15 mai 1937 dans l’horlogerie, qui sera suivi en juillet 1937 d’un accord analogue dans la métallurgie.
Envisagés au début comme des décisions provisoires, ces accords seront renouvelés constamment par la suite.
Le long combat pour l'assurance-vieillesse
Dès la fin du XIXe siècle, le mouvement ouvrier réclame une assurance pour les personnes âgées.
En 1918, parmi les neuf revendications principales dans l'Appel à la Grève générale, figure l'assurance vieillesse et invalidité. Les autorités reconnaissent par la suite la nécessité de cette institution sociale, mais la question du financement provoque des discussions et bloque la réalisation de ce projet.
Dans les années 1920, le mouvement ouvrier critique les partis bourgeois et le Conseil fédéral qui retardent sans cesse la création d'une assurance en faveur des personnes âgées.
En 1931, un projet soutenu par le gouvernement est refusé en votation populaire. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, les milieux dirigeants s'efforcent de ne pas provoquer de tensions sociales afin d'éviter une nouvelle grève générale. C’est pourquoi des Caisses de compensation sont organisées pour les soldats mobilisés.
A la fin de la guerre, cette expérience est utilisée pour élaborer un système d'assurance-vieillesse. Soutenu par les organisations ouvrières et par les partis gouvernementaux, ce projet est accepté en votation populaire en juin 1947. En même temps, des "articles économiques" sont introduits dans la Constitution afin de donner aux autorités la compétence de légiférer en matière économique et sociale.
Les luttes des locataires
Le droit au logement est une des revendications constantes du mouvement ouvrier. Les revendications portent aussi bien sur le montant des loyers, sur les conditions d'hygiène et de confort et sur la construction de logements à loyers modérés.
Fondée en 1913 à La Chaux-de-Fonds par des militants syndicaux, la Ligue des Locataires multiplie les interventions et les démarches. Elle dénonce publiquement l'attitude des propriétaires d'immeubles qui restent inflexibles. Les militants qui agissent bénévolement sont débordés par les demandes; le soutien du secrétariat de l'Union ouvrière est donc indispensable.
Or, le mouvement créé par les adversaires de la grève générale de 1918 lance en 1919 un référendum pour empêcher la Commune de subventionner l'Office social de l'Union ouvrière. Cette décision aggrave les conditions pour les locataires victimes de la spéculation immobilière.
Les activités en faveur des locataires ne sont pas seulement des interventions de cas en cas, mais aussi des propositions politiques pour demander que le Conseil fédéral contrôle le marché immobilier ou pour proposer que les Communes construisent des logements à loyers modérés.
Quelques personnalités importantes
Le mouvement ouvrier dans le canton de Neuchâtel a été animé par d’innombrables personnalités.
Charles Naine (1874-1926) lors du 1er mai 1923 à La Chaux-de-Fonds
Né à Nods, ouvrier-mécanicien, puis avocat, Naine est une personnalité particulièrement respectée. En 1903, il est condamné pour refus de servir l’armée suisse. Ses convictions socialistes, pacifistes et humanistes guident son action politique. Il rédige de nombreuses publications, dont une brochure intitulée “ Surproduction et chômage ” et une plaquette sur la grève des maçons et manœuvres de 1904 à la Chaux-de-Fonds qui renforce ses options antimilitaristes. Il signe aussi l’appel à la grève générale en novembre 1918.
Comité de la grève générale de 1918 au Locle
Les trois dirigeants de la grève générale au Locle sont de personnalités caractéristiques : on reconnaît, de droite à gauche, Henri Perret (1885-1955), Edouard Spillmann (1884-1934) et Marc Inaebnit (1887-1977).
Issu d’une famille ouvrière très pauvre (sa mère devait travailler la nuit pour nourrir ses enfants), Perret devient instituteur, puis docteur ès sciences. Directeur du Technicum du Locle dès 1918, il est à la tête du Technicum des Montagnes neuchâteloises de 1933 à 1950. Très actif dans les organisations ouvrières, il est militant socialiste et siège au Conseil national dès 1928.
Ouvrier mécanicien, Spillmann milite dans les syndicats à La Chaux-de-Fonds, à Saint-Imier, puis au Locle. En 1918, il y devient secrétaire permanent de la FOMH. Dès 1923, il préside le Cartel syndical cantonal neuchâtelois. Il milite aussi dans les rangs socialistes.
D’abord ouvrier régleur, Inaebnit devient militant socialiste et administrateur de la Banque cantonale neuchâteloise, puis dès 1919 directeur technique d’une des grandes fabriques du Locle.
Ernest Montandon (1876-1963), administrateur de la FOMH à La Chaux-de-Fonds de 1924 à 1936
Cette photographie est extraite du film réalisé en 1930 par les organisations ouvrières. Cette prise de vue est commentée ainsi : “ Les bureaux de la FOMH auquel incombe la rude tâche de l’administration. ” Ouvrier boîtier, militant syndical, Montandon est engagé par la FOMH à Saint-Imier dès 1918, puis à La Chaux-de-Fonds. Il doit gérer les secours au chômage pendant la crise des années 1930, tout en militant dans les rangs socialistes et coopérateurs.
Premier Mai 1935 à La Chaux-de-Fonds
On remarque Fritz Eymann (1880-1949), 3e personnage depuis la gauche, et Armand Renner (1883-1952), 2e personnage depuis la droite. Ouvrier horloger, militant syndicaliste et socialiste, Renner publia, sous le pseudonyme de “ Labor ” d’innombrables articles et deux ouvrages, dont “ De la noce au turbin ” en 1932. Il y décrit les conditions de vie et de travail, la mentalité et les traditions des milieux horlogers. Instituteur, Eymann, militant socialiste et coopérateur, devient gérant des Coopératives réunies, conseiller national (1919-1935), conseiller aux Etats (1945-1949).
Le mouvement ouvrier, ce n’est seulement des “ vedettes ”, mais aussi des hommes et des femmes moins connues. On peut citer l’exemple d’Hélène Ablitzer, surnommé “ la gosse ” ou “ la môme ”. Née en 1900 à La Chaux-de-Fonds, elle travaille comme ouvrière régleuse. Comme d’innombrables personnes qui ont joué un rôle dynamique dans les organisations ouvrières, elle n’a pas la nationalité suisse. En mai 1917, elle est aux premiers rangs d’une manifestation qui libère le dirigeant socialiste Paul Graber emprisonné à La Chaux-de-Fonds pour avoir critiqué l’armée. La réaction des autorités est virulente : la ville est occupée par l’armée, tandis que les “ agitateurs étrangers ” sont expulsés par le Conseil fédéral. Elle est donc photographiée comme une criminelle par la police qui relève aussi ses empreintes digitales. L’Union Ouvrière prend la défense de la jeune française qui est finalement autorisée à rester en Suisse.
Fritz Bourquin (1916-1978)
Ebéniste, Secrétaire FOBB dès 1946, Conseiller d’Etat (1960-1970), Directeur général des PTT (1970-1975). Après la deuxième guerre mondiale, les revendications ouvrières sont importantes : en 1946, il fallut six semaines de grève aux menuisiers pour obtenir 10 centimes d’augmentation et trois jours de vacances annuelles. Par la suite, Bourquin mène des négociations avec les patrons qui permettent d’imposer des augmentations de salaires et d’obtenir des concessions pour les allocations familiales, les indemnités de jours fériés et pour l’assurance-maladie. Le développement des conventions collectives et des commissions paritaires est favorisé.
André Ghelfi (1921-1996)
Apprentissage de technicien-mécanicien. Actif dans la Fédération des ouvriers sur métaux et horlogers à Neuchâtel, puis engagé en 1951 à l'administration centrale à Berne, secrétaire central dès 1958 (chargé de l'industrie des machines et des métaux pour la Suisse romande), rédacteur des journaux fédératifs (1958-1986), dont La Lutte syndicale (dès 1963). Vice-Président de l'Union syndicale suisse (1970-1986).
Délégué suisse, notamment à l'Organisation internationale du Travail et à la Fédération internationale des travailleurs de la métallurgie. Membre du Comité international de la Croix-Rouge (1985-1991). Partisan des conventions de "paix du travail", il contribue en particulier à l'apaisement du conflit qui agite en 1976 les usines neuchâteloises de Dubied.
Le Comité du Cartel cantonal syndical en 1933-1934
Les fédérations affiliées à l’USS disposent d’une implantation remarquable : en 1932, 55 % des travailleurs du canton de Neuchâtel sont syndiqués, alors que la moyenne suisse n’est que de 29,7%. Dans les Montagnes, le taux de syndicalisation est encore plus élevé, notamment parmi les boîtiers.
Fondé en 1921, le Cartel cantonal syndical neuchâtelois est dirigé pendant l’entre-deux-guerres par de fortes personnalités qui ont souvent joué un rôle actif dans la grève générale de 1918 et furent condamnés. René Robert (1885-1955) est secrétaire central de la FOMH pendant 36 ans ; Marcel Itten (1892-1976) horloger puis secrétaire de l’Union ouvrière de la Chaux-de-Fonds de 1920 à 1946; Edouard Spillmann (1884-1934) secrétaire de la FOMH au Locle dès 1918, préside le Cartel cantonal dès 1923 ; Ernest Montandon (1876-1963) gère la FOMH à La Chaux-de-Fonds de 1924 à 1936 ; Emile Häsler (1898-1991) administrateur de la FOMH au Locle de 1930 à 1964, Francis Junod (1884-1963) horloger, membre du Comité central de la FOMH dès 1915 ; William Cosandier (1873-1957) horloger puis secrétaire à la FOMH de La Chaux-de-Fonds de 1918 à 1937 ; Henri Borel (1889-1959) ) horloger puis secrétaire à la FOMH de La Chaux-de-Fonds de 1933 à 1957 ; Jean Uebersax (1887-1957) dès 1919 secrétaire de la FOMH à Cernier, puis à Neuchâtel, président du Cartel cantonal de 1934 à 1945 ; Pierre Aragno (1887-1971) secrétaire de la FCTA de 1920 à 1957 ; Pierre Reymond (1891-1977) professeur à Neuchâtel, président de l’Union ouvrière de Neuchâtel de 1921 à 1971 ; Paul-Henri Gagnebin (1898-1963) président de l’Union ouvrière de La Chaux-de-Fonds de 1926 à 1930, puis secrétaire de la FOBB à Neuchâtel, puis à Lausanne.
On remarque le poids prépondérant des secrétaires de la FOMH dans l’histoire du Cartel cantonal. On note aussi l’absence des femmes pourtant très nombreuses dans les usines et la quasi-absence des étrangers : seul Aragno est d’origine italienne.
En 1944, plusieurs responsables syndicaux du Littoral neuchâtelois se sépareront du Parti socialiste pour fonder le Parti travailliste.
Remerciements
Cette exposition n’aurait pas pu être réalisée sans l’aide des personnes et institutions suivantes :
- Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds (BVCF) : Département audiovisuel (Caroline Neeser, Jacques Lapaire), Marie-Claude Liengme, Françoise Frey et le regretté Pierre Hirsch
- Archives communales de La Chaux-de-Fonds (ACCF) : Sylviane Musy-Ramseyer
- Archives de l’Etat de Neuchâtel : Maurice de Tribolet et Jean-Marc Barrelet
- Archives fédérales, Berne : Daniel Bourgeois et Joel Aeby
- Archives de la FTMH, Berne, Neuchâtel et Fleurier
- Archives de la FOBB et du SIB, Neuchâtel
- Fondation « La Bourdonnière », Le Locle
Grâce à ces personnes et à ces institutions, nous avons pu trouver les documents exposés, les faire reproduire et les commenter. Nous les remercions très chaleureusement ainsi que les innombrables personnes, célèbres et anonymes, qui ont contribué, par leurs activités, à écrire jour après jour, l’histoire d’un siècle de luttes ouvrières dans le canton de Neuchâtel.
L'exposition a été réalisée par :
- Marc Perrenoud, historien
- Olivier Schmidt, étudiant en histoire
- Jean-Pierre Renk, bibliothécaire
- Marianne Ebel, présidente SSP
- Stéphanie Lachat, journaliste à l'Evénement Syndical
- Henri Vuilliomenet, président USNB
- Ivan Ebel, apprenti 1ère année Ecole d'Art Chaux-de-Fonds
- Ainsi que toutes celles et ceux qui nous ont donné un coup de main
Avril 2002 Union Syndicale Neuchâtel-Boudry